Une
musicienne intervenante, c’est quoi ?
Je suis sans voix, en colère, déçue…. Après de
nombreuses années de travail, d’investissement, toujours dans le précaire, mais sans jamais baisser les bras - car
j’aime mon métier avec passion -
après avoir toujours mis l’amour de mon travail devant des conditions de
travail très souvent très mauvaises, je me sens blessée et je me demande :
c’est quoi un musicien intervenant ?
J’exerce ce métier depuis plus de 30 ans. J’ai
commencé dans les favelas à Rio de Janeiro, j’ai travaillé pendant plus de 20
ans aux quatre coins de notre département, toujours agréée par la Drac, avec
mon expérience, mon diplôme brésilien (niveau maîtrise)
C’est alors qu’on m’a fait comprendre que tout
cela n’avait aucune réalité, que bien que mes qualifications soient reconnues
par des conventions entre les États français et brésilien, il me fallait à tout
prix faire une formation continue pour obtenir le DUMI (Diplôme Universitaire
de musicien intervenant) BAC + 2.
Mon BAC+ 4 en musique n’avait soit disant plus
aucune valeur pour exercer le métier de musicienne intervenante, bien
qu’étant sur le terrain depuis
déjà de nombreuses années.
Positive, je me suis dit : « c’est
l’occasion d’avoir la reconnaissance de ce métier et de notre vrai rôle
d’artiste et de musicien dans les écoles, de pouvoir enfin travailler dans une
étroite collaboration avec les enseignants ».
Toujours motivée pour m’enrichir et apprendre,
j’ai passé les tests d’entrée pour intégrer une antenne du CFMI à Béziers, j’ai
obtenu avec succès le concours d’entrée, et j’ai commencé une formation
continue de 3 Jours hebdomadaire à Béziers. Il me restait donc deux jours par
semaine pour travailler, nourrir ma famille.
Sans aucune aide financière, et une formation
guère différente finalement de mon parcours universitaire d’avant mon arrivée
en France.
Cette formation, non seulement me retirait des
heures de travail rémunérées, mais m’occasionnait des frais supplémentaires
conséquents. Qui plus est, bien que chanteuse professionnelle, j’étais obligée
de suivre des cours de chant pour débutants. Pendant ce temps je ne pouvais
gagner ma vie. Perdant de l’argent, obligée de suivre des cours inutiles à
l’autre bout du département (j’habite à Montpellier) j’ai du arrêter la formation.
Et donc pas de DUMI, et pas de travail non plus, ayant aussi perdu des
opportunités à cause de la formation.
Je n’ai pas baissé les bras : à partir de mon
expérience sur le terrain j’ai crée ma propre activité, dans le cadre d’une association « Le jardin des notes », à
Prades le Lez (Hérault, agglomération de Montpellier) avec des ateliers
musicaux, des cours d’instruments des spectacles avec les écoles réunissant
tout le village. (http://lejardindesnotes.free.fr/)
J’ai développé plusieurs projets en partenariat avec la commune de Prades le
lez, ainsi qu’avec d’autres écoles du département,
J’ai développé parallèlement mon activité
d’intermittente du spectacle (http://www.sonia-bessa.com/), et j’ai entrepris avec succès une VAE (validation d’acquis par l’expérience) qui m’a permis
espérer obtenir enfin mon DUMI.
En 2005, j’ai été embauchée de manière précaire
comme intervenante en musique à Baillargues (école municipale de musique) ou
j’ai travaillé 4 ans, avec des contrats de 10 mois reconductibles chaque année,
après un passage obligé de deux mois aux Assedic,
J’avais obtenu ma VAE dans son intégralité, j’avais
le diplôme du DUMI, mais je travaillais toujours dans des conditions minables
de travail, beaucoup de demande de surinvestissement et de travail infatigable,
trimbalant des kilos de matériels, documents et instruments et toujours sans aucune
reconnaissance, sans parler des salles de travail terriblement inadaptées, des
horaires incompatibles pour cumuler plusieurs écoles de manière à avoir un
minimum de salaire décent pour vivre, sans compter l’usure de la voiture, le
transport de matériel à droite et à gauche partout à la fois, des projets
parfois très intéressants mais reposant sur une mise en place et un
investissement presque total de ma part, et un temps toujours partagé, entre
plusieurs écoles.
Cela cependant avec joie, j’aime mon travail,
j’aime les enfants, mais pourquoi est-ce si dur ?
Pourquoi, avec mon DUMI tout neuf en poche, avoir toujours
des emplois précaires, pour des communes qui m’emploient par le biais d’écoles
de musique ou d’associations. Pourquoi
ai-je l’air ridicule quand je pose
la question de pérenniser la musique avec les enfants, pourquoi semble-t-il
incongru d’imaginer avoir une vraie activité de formation et d’éveil musical en
collaboration avec différents acteurs culturels, dans un même et seul lieu ? Comment
imaginer travailler sereinement
avec une équipe d’enseignants qui s’investit, avec des contrats précaires
reconductibles à vie, en courant d’un endroit à l’autre.
Le DUMI n’a donc rien changé. C’est toujours la
même galère.
Mais…
… il y a encore un concours : le concours du
CNFPT pour assistant spécialisé
d’enseignement artistique
Ce concours est organisé tous les trois ans.
Je me présente à ce concours en 2008, nous sommes
de nombreux candidats à le faire dans la région.
Je suis une des rares à être reçue à ce concours
dans ma spécialité en région L.-R.
Je suis fière : j’ai eu une bonne note et me
voilà admise.
Je me reprends à rêver d’un vrai emploi en CDI avec
des conditions de travail compatibles avec mes compétences.
Grace à ce concours, me voilà inscrite sur une
liste d’aptitude. Mais, attention, étrange concours, si je suis déclarée apte à
être embauchée par une collectivité locale, cette « aptitude » n’est valable que trois ans !
Alors je postule partout où j’apprends qu’il y a des postes vacants. Je me rends compte assez vite que très
peu de lauréats arrivent à avoir un poste de titulaire.
Je passe des entretiens, j’y rencontre d’autres
candidats.
Comme une majorité d intervenants, j’ai déjà
prouvé ma capacité à exercer mon métier, la plupart du temps au cours d’emplois
précaires. Comme beaucoup de candidats que j’ai croisés, j’ai passé un concours
pour rentrer au CFMI de Béziers, j’ai obtenu le DUMI, j’ai passé le concours du
CNFPT à côté de Lille (avec des frais évidemment), mais je ne suis toujours pas titulaire du mon poste.
A Baillargues, après 4 ans de travail précaire et
après avoir réussi le concours du CNFPT je fais une demande de titularisation,
c’est normal. La réponse est non, pas de titularisation, on continue en CDD
(toujours précaire).
Qui plus est on me fait sentir que je devrais
travailler, plus, pourquoi pas gratuitement, on me rend responsable du
fonctionnement global de l’école de musique, on me traite d’incapable, bref on
me fait comprendre que je dois rester à ma place de précaire et que je suis
interchangeable.
Par sentiment de dignité, je refuse de continuer
dans ces conditions : j’ai énormément travaillé, je me suis investie, j’ai prouvé ma capacité et
c’est pour continuer toujours dans le précaire ?
C’est
quoi ce métier ? Ce métier veut dire quoi ? Combien des musiciens intervenants viendront
encore passer des concours et a travailler toujours de manière précaire ?
Récemment me voilà convoquée pour un entretien a
Mèze : il y a en effet un
poste de titulaire vacant, je me suis dit, mon heure est peut-être arrivée,
enfin… Un miracle ?
Et bien non. Le titulaire est remplacé par un
contractuel, tout jeune, qui plus vient d’une autre région, et, bien sûr, il
n’est pas lauréat du concours du CNFTP.
Encore plus récemment, j’apprends que la mairie de
Sète aurait embauché une jeune personne
qui n’a pas passé le concours du CNFTP. Aucun appel à candidature n’aurait
été fait…
Et je me demande : c’est quoi une musicienne
intervenante ?
|